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Analyses de cas / Actualités juridiques

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Indemnité d’assurance | Analyse d’un arrêt de la Cour suprême imposant son versement même en cas de suicide sans antécédent de diagnostic psychiatrique

Nous analyserons un arrêt de la Cour suprême de la République de Corée selon lequel, lors de l’examen d’un litige relatif à une indemnité d’assurance, les circonstances au moment du suicide doivent être étudiées attentivement et l’indemnité versée, le cas échéant, même si la personne décédée n’avait jamais été traitée pour une maladie mentale de son vivant.

CONTENTS
  • 1. Litige relatif à une indemnité d’assurance : quelles étaient les circonstances de l’affaire ?
    • - Litige relatif à une indemnité d’assurance : quels sont les textes et la jurisprudence applicables ?
  • 2. Litige relatif à une indemnité d’assurance : quelles ont été les décisions des juridictions inférieures ?
  • 3. Litige relatif à une indemnité d’assurance : quelle a été la décision de la Cour suprême ?
  • 4. Litige relatif à une indemnité d’assurance : quelle est l’approche de Daeryun ?

1. Litige relatif à une indemnité d’assurance : quelles étaient les circonstances de l’affaire ?

M. A, demandeur dans le litige relatif à l’indemnité d’assurance, avait perdu son épouse, Mme B, plusieurs années auparavant.

Au moment de son décès, Mme B subissait un stress extrême en raison notamment d’une charge de travail excessive et de difficultés liées à la garde de ses enfants.

Elle avait envisagé de prendre un congé parental afin de pouvoir s’occuper sereinement de ses enfants, mais sa charge de travail au sein de l’entreprise avait fortement augmenté et elle avait finalement retiré elle-même sa demande de congé.

En proie à un état dépressif et à des troubles du sommeil, Mme B avait finalement renoncé à son congé parental. Le lendemain, après avoir terminé ses heures supplémentaires et être rentrée chez elle, elle avait mis fin à ses jours.

M. A avait alors demandé au Service coréen d’indemnisation et de protection sociale des travailleurs le versement de prestations de survivant et des frais funéraires. Considérant que Mme B avait mis fin à ses jours alors que sa capacité normale de jugement était altérée pour des raisons professionnelles, l’organisme avait fait droit à sa demande.

Il avait estimé qu’il existait un lien de causalité adéquat entre le décès de Mme B et son travail et qu’il convenait donc de reconnaître un « accident du travail ».

M. A avait ensuite demandé le versement de l’indemnité d’assurance à la compagnie d’assurances, mais celle-ci avait refusé.

Les conditions générales du contrat d’assurance souscrit par Mme B prévoyaient que « lorsque l’assuré se porte intentionnellement atteinte à lui-même, l’indemnité d’assurance n’est en principe pas versée, mais que celle-ci doit être versée lorsque l’assuré se porte atteinte à lui-même alors qu’il se trouve dans l’incapacité de prendre librement une décision en raison notamment d’une altération de ses facultés mentales ».

L’assureur avait indiqué qu’il était difficile de considérer que M. A avait mis fin à ses jours alors qu’il se trouvait dans l’incapacité de prendre librement une décision en raison d’une altération de ses facultés mentales.

Contestant ce refus, M. A avait engagé une action contre la compagnie d’assurances.

Litige relatif à une indemnité d’assurance : quels sont les textes et la jurisprudence applicables ?

▶ Textes applicables

Article 659 de la Loi commerciale de la République de Corée (causes d’exonération de l’assureur)

① Lorsque le sinistre assuré résulte d’un acte intentionnel ou d’une faute lourde du souscripteur, de l’assuré ou du bénéficiaire, l’assureur n’est pas tenu de verser le montant assuré.

Article 37 de la Loi de la République de Corée sur l’assurance contre les accidents du travail

② Les blessures, maladies, handicaps ou décès résultant d’un acte intentionnel, d’un acte d’automutilation ou d’une infraction du travailleur, ou causés par un tel acte, ne sont pas considérés comme des accidents du travail. Toutefois, ils sont considérés comme tels lorsqu’ils résultent d’un acte commis dans un état où les capacités normales de compréhension, notamment, étaient manifestement altérées et que les circonstances fixées par décret présidentiel sont réunies.

▶ Jurisprudence applicable

« Même lorsqu’un contrat d’assurance couvrant le décès prévoit que le suicide constitue une cause d’exonération de l’assureur, cette clause ne s’étend pas au cas où l’assuré a provoqué son décès alors qu’il se trouvait dans l’incapacité de prendre librement une décision en raison notamment d’une maladie mentale. Si l’acte ayant directement entraîné le décès dans un tel état a été provoqué par un facteur extérieur, le décès peut constituer un accident fortuit non imputable à un acte intentionnel de l’assuré et relever ainsi du décès couvert par l’assurance. » (voir notamment l’arrêt 2015다5378 rendu le 23 juin 2015 par la Cour suprême de la République de Corée).

« Pour déterminer si l’assuré est décédé alors qu’il se trouvait dans l’incapacité de prendre librement une décision en raison notamment d’une maladie mentale, lorsqu’un avis médical permettant de considérer que la personne décédée avait mis fin à ses jours après qu’un trouble dépressif majeur l’avait privée de cette capacité est produit comme preuve, cet avis ne saurait être écarté à la légère. Pour apprécier différemment l’existence du lien de causalité, il convient de procéder avec prudence en s’appuyant sur d’autres éléments médicaux et spécialisés. » (voir notamment l’arrêt 2017다281367 rendu le 4 février 2021 par la Cour suprême de la République de Corée).

2. Litige relatif à une indemnité d’assurance : quelles ont été les décisions des juridictions inférieures ?

Dans le litige relatif à l’indemnité d’assurance, les juridictions de première et de deuxième instance ont adopté des positions divergentes.

La juridiction de première instance avait d’abord statué en faveur de M. A.

Elle avait estimé qu’au regard de l’ensemble des preuves, il était raisonnable de considérer que l’épouse de M. A, Mme B, se trouvait, ne serait-ce que momentanément, dans l’incapacité de prendre librement une décision au moment de son suicide.

Le tribunal avait relevé la forte augmentation de la charge de travail de Mme B. Outre ses tâches comptables habituelles, celle-ci avait notamment assumé des travaux supplémentaires liés à la préparation d’une enquête du parquet concernant l’entreprise et d’un audit approfondi du Service coréen de surveillance financière.

Les seules heures supplémentaires de Mme B enregistrées sur une période de cinq mois dépassaient 533 heures, tandis que celles relevées au cours de la semaine précédant son décès atteignaient également 44 heures.

Il avait également été établi que Mme B menait parallèlement d’autres tâches, notamment le développement d’un système informatique, qu’elle faisait fréquemment l’objet de réprimandes et que cette situation lui causait un stress extrême.

Mme B avait en outre décidé de demander un congé parental afin de s’occuper de son enfant qui entrait à l’école primaire, mais la persistance d’une charge de travail excessive l’avait conduite à retirer elle-même sa demande.

La juridiction de première instance avait considéré qu’il était très probable qu’au moment de son décès, Mme B ait momentanément connu un état de panique mentale en raison de sa charge de travail et du stress qui en résultait.

La juridiction de deuxième instance avait toutefois adopté une position différente.

Elle avait estimé que Mme B semblait avoir eu conscience de mettre fin à ses jours et avoir agi intentionnellement. Elle avait jugé difficile de considérer qu’elle s’était portée atteinte à elle-même alors qu’une maladie mentale ou une altération de ses facultés mentales la privait de sa capacité à prendre librement une décision.

La juridiction de deuxième instance avait ajouté que Mme B n’avait reçu aucun soin psychiatrique avant son décès et que, même si elle souffrait de dépression, cette seule circonstance ne permettait pas d’affirmer qu’elle avait mis fin à ses jours sans pouvoir prendre librement une décision.

Elle avait également exprimé une opinion différente quant à la reconnaissance du décès de Mme B comme « accident du travail » par le Service coréen d’indemnisation et de protection sociale des travailleurs.

Elle avait relevé que l’organisme s’était borné à examiner le lien de causalité afin de déterminer si Mme B avait mis fin à ses jours pour des raisons professionnelles, sans expliquer concrètement si elle se trouvait dans un état d’altération de sa capacité normale de jugement.

À la suite de cette infirmation en appel, M. A avait formé un pourvoi devant la Cour suprême de la République de Corée.

3. Litige relatif à une indemnité d’assurance : quelle a été la décision de la Cour suprême ?

La Cour suprême a cassé la décision de deuxième instance et renvoyé l’affaire devant la juridiction d’appel.

Elle a ainsi adopté une position concordant avec celle de la juridiction de première instance, qui avait statué en faveur de M. A.

La Cour suprême a indiqué que, même si la personne décédée n’avait reçu aucun diagnostic de trouble dépressif majeur ni aucun traitement correspondant de son vivant, il convenait d’examiner attentivement son âge, sa personnalité, les circonstances l’ayant conduite au suicide ainsi que l’ensemble des éléments entourant celui-ci.

À cette époque, Mme B élevait trois enfants. Elle avait manifesté un état d’instabilité psychologique et émotionnelle en déclarant à plusieurs reprises à M. A et à ses collègues qu’elle souhaitait mourir. Elle présentait également des symptômes de perte d’appétit et de troubles du sommeil.

La Cour suprême a estimé que les symptômes manifestés par Mme B étaient similaires à ceux observés chez les personnes souffrant d’un trouble dépressif majeur.

Elle a relevé que l’examen aurait dû porter sur l’ensemble des circonstances, notamment les éléments objectifs permettant de connaître l’état de Mme B avant son décès et les déclarations de ses proches, mais que la juridiction de deuxième instance n’avait pas procédé à cet examen.

Elle a expliqué que la décision attaquée reposait sur une mauvaise compréhension des règles de droit relatives notamment à l’interprétation de l’exception à la clause d’exclusion prévue par les conditions générales du contrat d’assurance et qu’elle n’avait pas procédé à l’examen requis. La Cour suprême a donc cassé la décision et renvoyé l’affaire.

4. Litige relatif à une indemnité d’assurance : quelle est l’approche de Daeryun ?

Jusqu’alors, lorsqu’une personne sans antécédent de soins psychiatriques mettait fin à ses jours, les tribunaux rejetaient dans la plupart des cas les demandes d’indemnité d’assurance présentées par ses proches.

Dans cette affaire, la Cour suprême a toutefois rendu une décision relativement novatrice en considérant que l’indemnité d’assurance pouvait être versée, même en l’absence d’antécédents de soins, après prise en compte de l’état psychologique de la personne au moment des faits et des circonstances qui l’entouraient.

Cet arrêt de la Cour suprême devrait avoir une incidence notable sur de nombreux litiges relatifs à des indemnités d’assurance actuellement pendants devant les juridictions inférieures.

Cabinet d’avocats Daeryun intervient dans des litiges relatifs à des indemnités d’assurance.

Pour toute question concernant une demande d’indemnité d’assurance, il est possible de consulter Cabinet d’avocats Daeryun.

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