CONTENTS
- 1. Action en constatation de la qualité de salarié | Définition de la qualité de salarié

- 2. Action en constatation de la qualité de salarié | Fondements juridiques de la notion de salarié

- - Critères d’appréciation du lien de subordination à l’employeur
- - Critères d’appréciation de la dépendance économique
- - Résumé de la jurisprudence reconnaissant la qualité de salarié
- 3. Action en constatation de la qualité de salarié | Principales questions examinées

- - Travail intérimaire déguisé et sous-traitance interne
- - Problématique des travailleurs exerçant sous des formes particulières d’emploi
- 4. Action en constatation de la qualité de salarié | Charge de la preuve et collecte des éléments de preuve

- 5. Action en constatation de la qualité de salarié | Procédure et déroulement

- - Effets de la reconnaissance et obligations de l’employeur
- - Questions déterminantes pour l’issue de l’action
1. Action en constatation de la qualité de salarié | Définition de la qualité de salarié

En termes simples, l’action en constatation de la qualité de salarié permet à un travailleur de demander la reconnaissance juridique de sa forme d’emploi et de son statut.
Avec la diversification des formes de relations d’emploi dans la société, la question « Suis-je salarié ? » ne concerne plus seulement certaines catégories de travailleurs.
L’essor de nouvelles formes d’emploi, notamment celles des travailleurs de plateforme, des personnes exerçant sous des formes particulières d’emploi, des travailleurs employés par des sous-traitants au sein d’une entreprise et des travailleurs mis à disposition, donne souvent lieu à des litiges portant sur l’existence d’un lien de subordination à l’employeur.
Lorsque la qualité de salarié est ainsi juridiquement incertaine, l’action en constatation de la qualité de salarié permet d’en demander la reconnaissance.
2. Action en constatation de la qualité de salarié | Fondements juridiques de la notion de salarié

L’article 2 de la Loi sur les normes du travail de la République de Corée définit le salarié comme « toute personne qui, indépendamment de la nature de sa profession, fournit un travail à une entreprise ou sur un lieu de travail dans le but de percevoir un salaire et se trouve sous la subordination d’un employeur ».
La seule conclusion d’un contrat de travail avec le dirigeant de l’entreprise ne suffit donc pas à trancher cette question. La qualité de salarié suppose que soient effectivement établis un lien de subordination à l’employeur et une dépendance économique.
Critères d’appréciation du lien de subordination à l’employeur
Pour apprécier l’existence d’un lien de subordination à l’employeur, la jurisprudence examine globalement les éléments suivants.
- L’employeur définit-il précisément le contenu des tâches et exerce-t-il un pouvoir de direction et de contrôle ?
- Le prestataire de travail travaille-t-il exclusivement pour l’employeur ?
- Les horaires d’arrivée et de départ ainsi que le lieu de travail sont-ils fixés par l’employeur ?
- Qui fournit les matériaux, les équipements et les autres moyens nécessaires à l’exécution du travail ?
- Le prestataire de travail peut-il engager un tiers ?
Critères d’appréciation de la dépendance économique
La dépendance économique désigne une situation dans laquelle le prestataire de travail est économiquement dépendant de l’employeur, dépourvu d’autonomie et difficilement assimilable, en substance, à un travailleur indépendant.
Tel peut notamment être le cas lorsque sa source de revenus dépend entièrement de l’employeur ou lorsque les modalités de sa rémunération sont placées sous le contrôle de celui-ci.
Résumé de la jurisprudence reconnaissant la qualité de salarié
La Cour suprême de la République de Corée a jugé que, pour déterminer si une personne est un salarié au sens de la Loi sur les normes du travail, il ne faut pas s’en tenir à la forme mentionnée dans le contrat, telle qu’un contrat d’entreprise ou un mandat, mais rechercher si elle a effectivement travaillé contre rémunération sous la direction et le contrôle de l’employeur, dans une relation de subordination (Cour suprême de la République de Corée, arrêt du 25 janvier 2017, 2015다59146).
Dans une affaire concernant une formatrice d’une école d’esthétique, la Cour a également considéré que l’absence de directives et de contrôle précis sur le contenu de ses cours, la déclaration de ses revenus en tant que revenus professionnels et son absence d’affiliation aux 4 principaux régimes coréens d’assurance sociale résultaient seulement des particularités de son activité ou des modalités formelles définies par l’employeur. Ces circonstances ne permettaient donc pas d’exclure l’existence d’une subordination effective (Cour suprême de la République de Corée, arrêt du 7 septembre 2007, 2006도777).
Cette jurisprudence confirme ainsi que la qualité de salarié ne peut pas être aisément écartée sur le seul fondement du contrat ou du régime fiscal appliqué et que la réalité de la relation demeure déterminante.
La qualité de salarié peut toutefois ne pas être reconnue dans un lieu de travail composé exclusivement de membres d’une même famille vivant ensemble, pour les employés de maison ou en l’absence de relation de subordination, notamment dans le cas de certains gestionnaires d’assurance des bureaux de poste ou de caddies de golf n’ayant pas conclu de contrat de fourniture de main-d’œuvre.
3. Action en constatation de la qualité de salarié | Principales questions examinées

L’action en constatation de la qualité de salarié ne se limite pas à l’interprétation d’un contrat : elle vise à déterminer l’existence effective d’une relation de travail. Les questions suivantes y sont donc fréquemment examinées.
Travail intérimaire déguisé et sous-traitance interne
Il est fréquent que la qualité de salarié soit contestée au moyen d’un contrat présenté comme un contrat d’entreprise, alors même qu’il existe une subordination effective à l’employeur.
Par exemple, lorsqu’une personne travaille dans l’usine d’une grande entreprise par l’intermédiaire d’un sous-traitant interne, mais que l’entreprise donne et contrôle directement ses instructions de travail, la relation peut être considérée comme une fausse sous-traitance.
La mise à disposition de travailleurs peut être légalement organisée par une entreprise de travail temporaire. Il arrive toutefois que l’entreprise utilisatrice emploie directement ces travailleurs en violation des conditions prévues par la législation coréenne relative à la mise à disposition, tout en présentant la relation comme un contrat conclu avec une entreprise de mise à disposition.
Dans ce cas, le travailleur peut engager une action en constatation de la qualité de salarié contre l’entreprise qui utilise effectivement son travail.
Cour suprême de la République de Corée, arrêt du 26 mars 2020, 2017다217724, 217731
Des travailleurs employés par des entreprises partenaires internes ayant conclu un contrat d’entreprise avec la société H, qui exerce des activités de fabrication et de vente de véhicules automobiles notamment, et travaillant dans le centre de recherche de cette société, ont engagé contre celle-ci une action en constatation de la qualité de salarié.
La Cour suprême a considéré que, après avoir été engagés par les entreprises partenaires, les travailleurs avaient été mis à la disposition du centre de recherche de la société H, où ils recevaient ses directives et ses ordres, et qu’il existait donc une relation de mise à disposition de travailleurs.
En outre, la société H était soumise à l’obligation d’employer directement les travailleurs à compter du lendemain de l’expiration d’une période de 2 ans depuis le début de leur mise à disposition. La Cour suprême a approuvé la décision de la juridiction inférieure selon laquelle la société H, faute d’avoir respecté cette obligation, devait verser des dommages-intérêts correspondant aux salaires.
Problématique des travailleurs exerçant sous des formes particulières d’emploi
Les livreurs de colis, les enseignants de supports pédagogiques à domicile et les chauffeurs conduisant le véhicule d’un client sont notamment enregistrés comme « travailleurs indépendants », mais peuvent en réalité être considérés comme des travailleurs en emploi atypique placés sous la direction et le contrôle d’un employeur.
Même si leur contrat les qualifie d’« entrepreneurs individuels », ils peuvent être reconnus comme salariés lorsqu’un lien de subordination ressort de la réalité de leur relation.
Cour suprême de la République de Corée, arrêt du 23 avril 2019, 2016다277538
Cette décision concernait des travailleurs qui avaient conclu avec des directeurs de bureaux de poste relevant de Korea Post, l’administration postale de la République de Corée, des contrats de distribution postale à domicile et avaient exercé comme distributeurs postaux à domicile mandatés. Ils demandaient à l’encontre de l’État coréen la reconnaissance de leur qualité de salarié.
La Cour suprême a approuvé la décision de la juridiction inférieure, qui les avait considérés comme des salariés fournissant leur travail, dans une relation de subordination, sous la direction et le contrôle de Korea Post.
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Jugement qui a soulevé des questions sur les critères permettant de déterminer si une relation de répartition des travailleurs est établie


La Cour suprême a statué que si les droits ne sont pas exercés pendant une longue période lors d'un procès en confirmation du statut de travailleur, ils deviennent invalides.

4. Action en constatation de la qualité de salarié | Charge de la preuve et collecte des éléments de preuve

Dans une action en constatation de la qualité de salarié, le travailleur demandeur doit prouver sa subordination à l’employeur et sa dépendance économique. Il importe donc de recueillir préalablement suffisamment d’éléments de preuve.
① Contrat de travail et bulletin de salaire
Un contrat de travail et une attestation d’emploi peuvent étayer l’existence d’une relation d’emploi. Les bulletins de salaire constituent quant à eux des éléments importants permettant de démontrer, dans le cadre de l’action, que l’employeur versait directement le salaire.
② Preuves de la direction et du contrôle du travail
Il convient de réunir des éléments démontrant que l’employeur donnait des instructions de travail précises, notamment des relevés des horaires d’arrivée et de départ, des journaux de travail, des messages et des courriels.
Des enregistrements de vidéosurveillance ou de GPS peuvent également être utilisés.
③ Témoignages et déclarations de collègues
Les déclarations écrites ou les témoignages de collègues ayant travaillé sur le même site peuvent constituer des preuves solides de l’existence effective d’un lien de subordination à l’employeur.
Les déclarations précises concernant les instructions de travail ainsi que les modalités de gestion et de contrôle décrivant la manière dont l’employeur répartissait et supervisait les tâches, de même que l’organigramme de l’entreprise utilisatrice concernée, constituent également des éléments importants.
Il importe aussi de démontrer que le travailleur recevait le même traitement que les salariés de la société défenderesse, notamment en travaillant à leurs côtés et en suivant les mêmes formations professionnelles.
5. Action en constatation de la qualité de salarié | Procédure et déroulement

L’action en constatation de la qualité de salarié est introduite comme une action civile devant la juridiction coréenne compétente.
L’employeur conteste souvent la qualité de salarié en invoquant notamment un contrat d’entreprise ou un certificat d’immatriculation d’entreprise. Le travailleur doit donc établir la réalité de son statut au moyen des éléments de preuve précédemment décrits.
Au cours de la procédure, le tribunal apprécie globalement les faits et les règles de droit afin de déterminer s’il existait une relation d’emploi effective.
Si nécessaire, il peut également entendre les personnes concernées afin d’établir la réalité de la situation sur le lieu de travail.
Effets de la reconnaissance et obligations de l’employeur
Lorsque le tribunal reconnaît la qualité de salarié, l’employeur est tenu de verser les salaires, les indemnités de départ et les indemnités de congés annuels prévus par la Loi sur les normes du travail coréenne.
Si le caractère abusif du licenciement est également reconnu, la nullité de celui-ci, la réintégration dans l’emploi initial et le versement des arriérés de salaire peuvent aussi être en cause.
La reconnaissance de la qualité de salarié peut en outre entraîner l’application rétroactive de l’obligation d’affiliation aux 4 principaux régimes coréens d’assurance sociale, ce qui peut représenter une charge importante pour l’employeur.
Questions déterminantes pour l’issue de l’action
L’issue d’une action en constatation de la qualité de salarié dépend largement des faits propres à chaque affaire.
Comme il faut établir la réalité du lien de subordination à l’employeur sans s’en tenir aux termes du contrat, il importe de recueillir les éléments de preuve dès le début avec les conseils d’un professionnel, tel qu’un conseiller coréen agréé en relations du travail ou un avocat compétent en droit du travail.
Au-delà d’un litige relatif au contrat d’emploi, l’action en constatation de la qualité de salarié constitue un mécanisme juridique destiné à protéger les droits et intérêts des travailleurs et à permettre la correction de structures d’emploi illicites.
Toutefois, lorsque la relation d’emploi entre les parties est manifeste ou que les faits sont peu contestés, un accord amiable avec l’employeur, notamment sous la forme d’une indemnisation financière ou d’un nouveau contrat, peut conduire au désistement de l’action.
En cas de doute sur la qualité de salarié, l’examen de la situation avec un conseiller coréen agréé en relations du travail ou un avocat compétent en droit du travail peut permettre de préparer une réponse juridique adaptée afin de protéger les droits concernés.











