Analyses de cas / Actualités juridiques
Émissions automobiles | La sanction de 642 centaines de millions de wons infligée à M pour manipulation des émissions jugée légale
La société M, qui s’était vu infliger une sanction pécuniaire administrative de type gwajinggeum de 642 centaines de millions de wons sud-coréens en raison de soupçons de manipulation illégale des émissions des véhicules automobiles, a formé un recours en annulation de cette sanction, mais n’a pas obtenu gain de cause.
Une haute cour de la République de Corée a jugé que cette sanction était légale.
1. M sanctionnée pour manipulation présumée des émissions automobiles

Il s’agit de l’affaire de la société M, qui s’est vu infliger une sanction pécuniaire administrative de type gwajinggeum en raison de soupçons de manipulation illégale des émissions automobiles.
De 2012 à 2018, M a été soupçonnée d’avoir enfreint les règles d’homologation des émissions concernant 12 modèles de véhicules diesel importés et vendus en République de Corée, soit au total 30 000 véhicules auxquels s’ajoutaient 2 615 véhicules. Elle avait installé un logiciel réduisant les performances du dispositif de réduction des émissions (DPF), de manière à diminuer, en conditions réelles de conduite, la consommation d’urée ou le taux de fonctionnement du système de recirculation des gaz d’échappement.
En 05/2020, le ministère de l’Environnement de la République de Corée a infligé à M une sanction pécuniaire administrative de type gwajinggeum de 64 200 000 000 wons sud-coréens.
Quelle était la question centrale de l’affaire de manipulation des émissions automobiles ?
La question centrale de cette affaire était la suivante : bien qu’elle eût configuré le fonctionnement du SCR (système de réduction catalytique sélective) et de l’EGR (système de recirculation des gaz d’échappement), composants essentiels du dispositif de réduction des émissions, de façon à le limiter dans certaines conditions de conduite, M n’en avait pas informé le ministère de l’Environnement et avait ainsi obtenu frauduleusement l’homologation des émissions avant d’importer et de vendre les véhicules.
Le SCR et l’EGR sont des dispositifs destinés à réduire les émissions d’oxydes d’azote. Toutefois, les émissions mesurées en conduite réelle sur route se sont révélées environ 8 fois supérieures aux valeurs relevées lors de l’homologation en laboratoire.
2. Manipulation des émissions automobiles, jugement de première instance
En première instance dans l’affaire de manipulation présumée des émissions automobiles, M a soutenu que le SCR et l’EGR étaient complémentaires et que, même si la fonction de commande de l’EGR était partiellement limitée, cela n’avait globalement aucune incidence importante sur les émissions d’oxydes d’azote. Selon elle, cette fonction ne constituait donc pas un « réglage arbitraire ».
Le Tribunal administratif de Séoul, en République de Corée, a partiellement accueilli cet argument. Considérant que la fonction de commande de l’EGR ne réduisait pas à elle seule de manière notable les performances du dispositif et que l’effet global de réduction des émissions était maintenu, il a jugé que cette fonction ne constituait pas un « réglage arbitraire ».
Une partie de la sanction a dès lors été déclarée illégale et son montant a été partiellement réduit.
3. Manipulation des émissions automobiles, arrêt d’appel
M, soupçonnée d’avoir manipulé les émissions automobiles, a interjeté appel en soutenant que la sanction était excessive et que la fonction de commande constituait uniquement un réglage raisonnable destiné à protéger le moteur et à assurer la sécurité du véhicule, et non une manipulation.
La Haute Cour de Séoul, en République de Corée, a toutefois relevé que la fonction de commande de l’EGR installée sur les véhicules diesel des 12 modèles importés et vendus par M en République de Corée réduisait l’efficacité du dispositif de réduction des émissions dans des conditions normales de conduite. Elle a donc jugé que cette fonction constituait elle aussi un « réglage arbitraire ».
Une telle pratique est expressément interdite par l’avis du ministère de l’Environnement relatif à l’homologation des émissions.
La juridiction a expliqué que, même si le fonctionnement d’autres dispositifs de commande pouvait donner l’impression que le volume des émissions avait relativement diminué, la fonction de commande de l’EGR devait être qualifiée de réglage arbitraire dès lors qu’elle était configurée pour réduire par elle-même les performances du dispositif de réduction des émissions.
Elle a par conséquent jugé que le fait pour M d’avoir intentionnellement dissimulé ce réglage, obtenu frauduleusement l’homologation des émissions, puis importé et vendu les véhicules constituait une violation manifeste de la législation. Elle a également déclaré légaux le retrait de l’homologation décidé par l’Institut national de recherche environnementale de la République de Corée et la sanction pécuniaire administrative de type gwajinggeum d’environ 642 centaines de millions de wons sud-coréens infligée par le ministre de l’Environnement.
La juridiction a en outre estimé que le ministère de l’Environnement avait calculé la sanction conformément aux anciennes dispositions et aux dispositions révisées de la Loi de la République de Corée sur la préservation de la qualité de l’air, en appliquant un taux compris entre 1,5 et 5 % du chiffre d’affaires de chaque modèle et les plafonds respectifs fixés par ces textes, soit 10, 100 et 500 centaines de millions de wons sud-coréens. Elle a donc considéré que, malgré le montant total élevé de la sanction, celle-ci relevait du pouvoir discrétionnaire de l’administration et ne présentait aucune illégalité, notamment au regard du principe d’interdiction de la législation rétroactive.
Enseignements de l’affaire M
La Haute Cour de Séoul a estimé que cet arrêt constituait un exemple fournissant des critères applicables à la pratique administrative en matière d’homologation des émissions automobiles. Elle a indiqué qu’il pourrait également servir de référence jurisprudentielle importante dans de futures affaires similaires portant sur une homologation obtenue frauduleusement ou sur la vente de véhicules non conformes à leur homologation.
L’affaire M revêt une importance particulière en ce que l’arrêt précise les principes du contrôle juridique du régime d’homologation des émissions et clarifie les critères de sanction applicables aux manipulations techniques commises par les entreprises.
En jugeant légales tant la procédure de retrait de l’homologation menée par le ministère de l’Environnement que l’imposition de la sanction pécuniaire administrative de type gwajinggeum, la juridiction a établi un précédent important fournissant des critères d’appréciation de la légalité des actes administratifs dans des affaires similaires d’« homologation obtenue frauduleusement » ou de « vente non conforme à l’homologation ».
Cet arrêt a également précisé que le contournement technique des règles environnementales par les constructeurs automobiles pouvait faire l’objet de sanctions juridiques sévères. Il est en outre considéré comme une affaire représentative montrant que, du point de vue de la gestion ESG, négliger le volet environnemental peut exposer une entreprise à des risques juridiques et financiers réels.
4. Émissions automobiles, quelle stratégie propose Daeryun ?
En mai dernier, en Allemagne, 4 anciens cadres dirigeants du constructeur automobile W ont été déclarés coupables dans une affaire de manipulation des émissions.
Le responsable du développement des moteurs, jugé pour escroquerie dans le cadre du scandale dit du « dieselgate » de 2015, a été condamné à une peine d’emprisonnement de 4 ans et 6 mois, tandis que le responsable du groupe motopropulseur a été condamné à 2 ans et 7 mois d’emprisonnement.
Le procès pénal d’un cadre de la filiale coréenne de W, poursuivi il y a environ 8 ans pour les mêmes faits, devrait également reprendre en août prochain.
Ainsi, lorsqu’une manipulation des émissions est en cause, l’entreprise peut se voir infliger une sanction pécuniaire administrative de type gwajinggeum ou une amende administrative, tandis que ses dirigeants et salariés sont susceptibles d’engager leur responsabilité pénale pour violation de la Loi de la République de Corée sur la préservation de la qualité de l’air.
La réglementation relative aux émissions automobiles repose sur un cadre juridique complexe et à plusieurs niveaux, comprenant notamment la Loi sur la préservation de la qualité de l’air et les avis du ministère de l’Environnement. Le retrait d’une homologation ou l’imposition d’une sanction pécuniaire administrative de type gwajinggeum relèvent d’un domaine complexe à l’intersection du droit administratif, du droit de l’environnement et des normes techniques.
Dans une affaire comme celle-ci, les questions juridiques et techniques font l’objet d’un examen approfondi. Une entreprise agissant seule peut donc s’exposer à de graves conséquences en raison d’une compréhension erronée des principes juridiques applicables.
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