Analyses de cas / Actualités juridiques
Acquisition d’entreprise | Arrêt de la Cour suprême limitant l’étendue de la transmission des obligations environnementales d’un site acquis aux enchères
Dans cette affaire, la question était de savoir dans quelle mesure une entreprise ayant choisi une acquisition aux enchères et une reprise d’actifs dans le cadre d’une acquisition d’entreprise devait également assumer les responsabilités environnementales de l’ancien exploitant. Par cet arrêt, la Cour suprême de la République de Corée a limité, au regard des principes constitutionnels de responsabilité, l’étendue des obligations de droit public transférées à l’acquéreur du site d’exploitation. (Arrêt 2023두62830 rendu le 15 janvier 2026 par la Cour suprême)
1. Acquisition d’entreprise | Présentation de l’affaire
L’acquisition d’entreprise désigne une opération consistant à acquérir les actions ou les actifs d’exploitation d’une autre société afin d’obtenir le contrôle ou la maîtrise de cette société ou de son activité.

Dans la présente affaire, le demandeur était une société ayant acquis le site d’exploitation d’une entreprise de traitement des déchets dans le cadre d’une procédure de vente aux enchères pour l’exécution d’une sûreté.
Le site concerné était une installation de traitement des déchets située dans le district de Jangseong, dans la province du Jeolla du Sud. L’ancien exploitant avait confié à une entreprise extérieure le traitement de déchets désignés au sens du droit coréen (scories) produits sur ce site.
Toutefois, l’entreprise prestataire avait illégalement enfoui ces déchets dans une carrière désaffectée située hors du site, dans la ville d’Iksan, provoquant ainsi une pollution environnementale.
L’administration coréenne de l’environnement territorialement compétente avait ensuite enjoint à l’ancien exploitant de prendre des mesures concernant le traitement des déchets, mais celui-ci ne s’était pas conformé à cette injonction.
Le demandeur avait ultérieurement acquis le site aux enchères. À ce titre, l’administration de l’environnement lui avait enjoint de traiter également les déchets abandonnés sur le site d’enfouissement extérieur, au motif que « la personne ayant acquis un site d’exploitation aux enchères succède, conformément à l’article 17, paragraphe 9, de la Loi sur la gestion des déchets de la République de Corée, aux obligations de l’ancien exploitant relatives aux déchets d’activité produits par l’établissement ».
La juridiction du fond avait estimé que, dès lors que le site avait été acquis aux enchères, l’obligation de droit public de traiter les déchets d’activité qui y avaient été produits était intégralement transférée à l’acquéreur, même si ces déchets avaient été abandonnés hors du site.
2. Acquisition d’entreprise | Appréciation de la Cour suprême
La Cour suprême s’est d’abord attachée à la finalité législative de l’article 17, paragraphe 9, de la Loi sur la gestion des déchets. Elle a précisé que cette disposition constituait une règle spéciale visant à prévenir l’abandon de déchets d’activité et à renforcer le principe selon lequel la responsabilité incombe à la personne à l’origine de la pollution.
Elle a toutefois accordé une importance particulière au fait que la forme d’acquisition visée en l’espèce était une vente aux enchères régie par la Loi sur l’exécution civile de la République de Corée.
Contrairement à une cession d’entreprise ou à une fusion, qui entraînent une transmission globale de la situation juridique de l’ancien exploitant, l’acquisition d’une entreprise aux enchères constitue une succession à titre particulier portant sur des actifs déterminés. Il n’est donc pas justifié de considérer que toutes les responsabilités de droit public de l’ancien exploitant sont transférées sans limitation à l’acquéreur.
La Cour suprême a ainsi clairement établi que l’acquéreur d’un site aux enchères ne saurait être considéré comme succédant automatiquement à l’intégralité des responsabilités environnementales de l’ancien exploitant.
Principes juridiques relatifs à l’étendue de la transmission des obligations
La Cour suprême a également défini des critères précis d’interprétation de l’expression « les déchets d’activité produits par cet établissement », employée à l’article 17, paragraphe 9, de la Loi sur la gestion des déchets.
Elle a tout d’abord considéré que les déchets d’activité visés par cette disposition désignent, en principe, les déchets produits sur le site ayant fait l’objet de la vente aux enchères, sans être nécessairement limités à ceux qui se trouvaient encore à l’intérieur du site au moment de l’acquisition de l’entreprise.
Des déchets abandonnés hors du site peuvent donc, d’un point de vue formel, relever du champ d’application de cette disposition.
La Cour a néanmoins estimé que cette interprétation ne devait pas conduire à imposer automatiquement à l’acquéreur l’obligation de traiter tous les déchets abandonnés hors du site.
Elle a ainsi clairement posé une exception : lorsque l’acquéreur ignorait, au moment de l’acquisition, que les déchets avaient été abandonnés hors du site et qu’un motif légitime justifie cette ignorance, l’obligation de droit public de traiter ces déchets ne peut être considérée comme lui ayant été transférée.
La Cour suprême a jugé qu’imposer uniformément une obligation même dans de telles circonstances ferait supporter à l’acquéreur une responsabilité portant sur un domaine qu’il ne pouvait ni contrôler ni déterminer. Une telle solution risquerait de porter atteinte au principe constitutionnel de responsabilité personnelle et au principe de proportionnalité, et d’entraîner une restriction excessive du droit de propriété de l’acquéreur.
Illégalité de l’appréciation de la juridiction du fond
Au regard de ces principes, la Cour suprême a relevé que la juridiction du fond n’avait aucunement examiné si l’acquéreur pouvait avoir connaissance de l’existence des déchets abandonnés hors du site ni si un motif légitime justifiait son ignorance. Elle a considéré comme contraire au droit le fait d’avoir conclu que l’intégralité de l’obligation de traitement des déchets avait été transférée au seul motif que le site avait été acquis aux enchères.
La Cour suprême a donc renvoyé l’affaire afin qu’elle soit réexaminée, au motif que la juridiction du fond avait méconnu les principes juridiques régissant l’étendue de la transmission des obligations et n’avait pas procédé aux vérifications nécessaires.
3. Acquisition d’entreprise | Portée de l’arrêt

Cet arrêt établit clairement que les obligations environnementales de droit public ne sont pas transmises sans limitation dans le cadre d’une acquisition d’entreprise prenant la forme d’une vente aux enchères, d’une reprise d’actifs ou d’une reprise de site d’exploitation.
Il précise notamment que l’imputation à l’acquéreur de la responsabilité relative à des déchets abandonnés hors du site acquis, dans un lieu tiers, exige une appréciation rigoureuse de la possibilité qu’avait celui-ci d’en connaître l’existence.
Points d’attention pratiques lors d’une acquisition par fusion-acquisition ou vente aux enchères
Dans la pratique des acquisitions d’entreprises, les points suivants doivent notamment être vérifiés.
La responsabilité n’est pas déterminée par la seule structure formelle de l’acquisition ; la capacité de contrôle effective et la prévisibilité constituent des critères essentiels.
4. Acquisition d’entreprise | Raisons de recourir à l’assistance d’un avocat
1. L’acquisition d’une entreprise ne constitue pas seulement une acquisition d’actifs, mais une opération impliquant également une structure de responsabilités
L’acquisition d’une entreprise ne se limite pas à l’acquisition d’actions, d’un site d’exploitation ou d’équipements. Elle soulève également la question de l’étendue de la transmission des responsabilités environnementales, administratives, civiles et pénales.
En particulier, dans les acquisitions réalisées aux enchères ou par cession d’actifs, l’étendue de la transmission des responsabilités peut varier selon l’interprétation de la loi et les circonstances factuelles. Une opération réalisée sans examen préalable peut donc entraîner des risques difficiles à prévoir.
2. La transmission des responsabilités n’est pas automatiquement déterminée par les seules dispositions légales
Comme l’illustre cet arrêt, la transmission d’une obligation à l’acquéreur est appréciée au regard de l’ensemble des circonstances concrètes, notamment la possibilité qu’il avait d’en avoir connaissance au moment de l’acquisition, sa capacité de contrôle et l’existence d’un motif légitime.
Ces éléments pouvant être difficiles à invoquer et à prouver après l’acquisition, une analyse juridique est nécessaire dès les premières étapes de l’opération.
3. L’audit juridique préalable à l’acquisition peut être déterminant en cas de litige
Avant l’acquisition d’une entreprise, l’avocat examine les aspects environnementaux de l’activité concernée, les autorisations requises, les antécédents d’infractions et les responsabilités potentielles. Il identifie ainsi les obligations de droit public et les risques de préjudice susceptibles de soulever des difficultés après l’acquisition.
Cet examen permet notamment d’envisager un ajustement de la structure de l’opération, la définition de conditions contractuelles et la délimitation de l’étendue des responsabilités.
4. Cet examen peut fournir des éléments permettant de limiter la responsabilité en cas de litige ultérieur
Lorsqu’un acte administratif ou un litige relatif à des dommages-intérêts intervient après l’acquisition, les éléments établissant la possibilité qu’avait l’acquéreur de connaître les faits ainsi que l’existence d’un motif légitime deviennent des questions essentielles.
L’assistance d’un avocat permet de préparer en amont l’argumentation et les éléments de preuve susceptibles de justifier une limitation de la responsabilité imputée à l’acquéreur.
L’assistance d’un avocat ne relève donc pas seulement de la défense a posteriori, mais également de la prévention en amont.
Dans une acquisition d’entreprise, le rôle de l’avocat ne consiste pas uniquement à intervenir après la survenance d’un problème. Il comprend également l’élaboration de la structure de l’opération et l’analyse des risques afin d’éviter la reprise de responsabilités non nécessaires.
Assistance de Daeryun
Lorsqu’ils apparaissent après l’acquisition, les risques environnementaux et administratifs liés à une acquisition d’entreprise peuvent entraîner des préjudices structurels extrêmement difficiles à réparer.
Le Cabinet d’avocats Daeryun réalise, avant l’acquisition d’une entreprise, un audit des obligations environnementales du site ainsi qu’un examen des risques liés aux déchets et aux autorisations administratives.
En cas de litige postérieur à l’acquisition, il examine également l’étendue de la transmission des obligations, l’annulation des actes administratifs et le sursis à exécution, et élabore une argumentation fondée sur les principes constitutionnels de responsabilité afin d’éviter une extension excessive de la responsabilité de l’acquéreur.
Lorsque des risques environnementaux ou administratifs sont envisagés dans le cadre d’une acquisition d’entreprise, un examen juridique réalisé avant l’acquisition ou dès les premières étapes de l’opération revêt une importance particulière.
Pour les questions connexes, un examen peut être sollicité auprès du Cabinet, notamment par des avocats compétents en droit des affaires et en droit administratif.
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